L’affaire de l’ancien député provincial Mike Mukebayi, actuellement en détention préventive à la prison de Makala, prend une nouvelle tournure. Dans une lettre adressée à la justice congolaise, Mukebayi accuse ouvertement Firmin Mvonde Mambu, Procureur Général près la Cour de Cassation, d’avoir orchestré son arrestation de manière arbitraire et d’avoir falsifié des documents judiciaires pour justifier cette procédure.
Mukebayi raconte qu’il a été arrêté de façon brutale le 21 mai 2023, en fin de journée, devant son domicile dans la commune de Lingwala. Des hommes en civil, sans aucun mandat, l’auraient contraint de force à monter dans un véhicule. “Ils m’ont cagoulé et frappé tout au long du trajet”, relate-t-il dans sa lettre. Selon lui, un des chefs de l’opération aurait demandé aux agents pourquoi ils le frappaient, avant qu’il ne soit transporté vers plusieurs destinations inconnues.
Finalement, Mukebayi aurait été déposé dans un centre de détention à Gombe, bien après 21 heures. Le lendemain, il aurait été conduit de manière forcée au Parquet près la Cour d’Appel de Kinshasa/Gombe, où il n’aurait toujours pas été informé des motifs de son arrestation.
Ce n’est que plus tard, au terme d’un parcours procédural confus, que Mukebayi aurait appris qu’il était poursuivi dans le cadre d’un flagrant délit. Cependant, ce qui intrigue et alimente la controverse est l’existence d’une lettre signée par Firmin Mvonde Mambu, ordonnant son transfert pour une audience en flagrance. Mukebayi affirme qu’il n’a jamais été entendu par la Cour de Cassation et qu’aucune procédure n’a été ouverte contre lui à ce niveau.
Mukebayi dénonce dans sa lettre une violation flagrante de la loi par le Procureur Général, qui aurait utilisé son pouvoir pour falsifier les documents et justifier une arrestation sans fondement. Il accuse Mvonde d’avoir “délibérément altéré la vérité” en signant cette lettre de transfert, sans aucune base légale.
L’ex-député, qui est en détention à Makala depuis plus d’un an, appelle les autorités judiciaires à ouvrir un dossier contre Firmin Mvonde pour “arrestation arbitraire et faux en écriture”. Il réclame justice et met en lumière ce qu’il qualifie d’abus de pouvoir dans le cadre de son arrestation.
Cette affaire risque d’ébranler le paysage judiciaire congolais, alors que des voix s’élèvent déjà pour dénoncer les dérives du système judiciaire et les arrestations abusives qui se multiplient. Mukebayi, un critique vocal du régime, espère que cette dénonciation publique incitera la justice à se pencher sérieusement sur les agissements du Procureur Général.
Alors que le silence règne du côté du bureau de Firmin Mvonde, cette affaire pourrait bien relancer le débat sur l’indépendance et l’impartialité de la justice en République Démocratique du Congo, un pays souvent critiqué pour l’ingérence politique dans les affaires judiciaires.
GNM

