Dans un geste fort, le Ministère de la Justice et Garde des Sceaux a récemment transmis une injonction formelle au Procureur Général près la Cour d’Appel de Kinshasa/Gombe, lui ordonnant d’engager des poursuites judiciaires contre plusieurs greffiers et secrétaires accusés de détournement de recettes judiciaires. Cette décision fait suite à un audit accablant mené par la Cour des comptes sur 43 entités judiciaires de la ville de Kinshasa, révélant l’ampleur des malversations financières au sein des tribunaux et parquets de la capitale.
Selon le rapport, relayé par l’ONG « Le Congo n’est pas à vendre », un manque à gagner de 8.848.678,10 USD a été enregistré, attribué à des pratiques de corruption systématique et de détournement orchestrées par certains agents judiciaires. Les investigations ont mis en lumière des cas de falsification de relevés bancaires, l’utilisation de faux bordereaux de paiement, et la privatisation des fonds publics par des agents utilisant leurs comptes bancaires personnels pour les transactions judiciaires.
Les responsables de ces actes, parmi lesquels des greffiers et secrétaires comptables de diverses juridictions, ont été nommément cités dans le rapport. Les personnalités impliquées comprennent Mme Mangeni Sona Sylvie, greffière comptable à la Cour de Cassation, et M. Kamakangi Kenyama, secrétaire principal à la Cour d’Appel de Kinshasa/Gombe, entre autres. Leurs comptes bancaires et les juridictions concernées ont été identifiés, mettant en lumière un réseau bien organisé qui profite des failles du système judiciaire pour détourner des sommes colossales.
Face à ces révélations, le Ministère de la Justice se montre résolu à faire le ménage au sein de l’appareil judiciaire. Par l’injonction transmise au Procureur Général, le ministère espère donner un signal clair que l’impunité ne sera plus tolérée et que les coupables seront traduits en justice. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de l’engagement du gouvernement à restaurer l’État de droit en République Démocratique du Congo, en luttant contre la corruption qui gangrène les institutions publiques.
Cependant, ce coup de filet contre les détourneurs de fonds ne représente qu’une étape dans un combat qui s’annonce long et ardu. Il est à espérer que cette action courageuse du Ministère de la Justice ouvrira la voie à des réformes plus larges et à un renforcement des mécanismes de contrôle au sein des services judiciaires du pays.
Le public attend désormais de voir si cette campagne sera suivie d’effets concrets ou si elle se limitera à une nouvelle tentative sans suite, comme cela a souvent été le cas dans le passé. Quoi qu’il en soit, ce premier pas montre une volonté politique de s’attaquer aux racines de la corruption qui gangrène le système judiciaire de la RDC.
GNM

