Nous avons réalisé cette mini-enquête à Mbanza Lemba, l’une des banlieues située dans la commune de Lemba, dans le centre de la Ville-province de Kinshasa. Au regard de la sensibilité du sujet, nous avons voulu ce reportage discret pour ne pas gêner ou éveiller l’attention des habitants du quartier, qui n’allaient pas forcément apprécier notre travail. Nous avons choisi de nous baser plutôt sur la méthode d’observation et d’analyse.

Kinshasa, le 04 septembre 2025 – Il est 10h 45 minutes lorsque nous sommes en train de descendre une petite montagne qui conduit à Mbanza Lemba. 15 minutes après, nous nous retrouvons dans un marché pirate qui occupe une avenue. Certaines femmes vendeuses trouvées à cet endroit ne sont pas seules. Elles ont des enfants à côté. Grosse bassine de semoule du fufu déposée sur une table en bois surélevée devant elle, une dame, la trentaine révolue, est assise sur une chaise en plastique. Ses mains sont couvertes par la poussière du fufu. Celle-ci est en train de boire du thé dans un bol avec du pain. Nous observons, c’est le même thé qu’elle prend qu’elle donne à l’enfant qu’elle porte dans ses bras, une fillette dont l’âge varierait entre une année et demi et deux ans. À la regarder, cette enfant n’est pas en bonne santé. Elle est trop maigre.

Difficile de sortir le téléphone pour prendre les images. Il n’y a qu’un seul petit passage laissé par des étalages érigés de part et d’autre par les occupants de ce petit marché. Aussi, la plupart de ces dames vendeuses ont les yeux rivés sur les personnes qui passent tout près d’elles. Nous avons l’impression qu’elles nous considèrent comme leur potentiel client. Face à cette situation, nous montons rapidement une petite stratégie sur place. Écouteurs dans les oreilles, nous faisons semblant de causer au téléphone et d’écrire en même temps des messages pour chercher comment prendre ne fût-ce qu’une photo avec l’appareil. Mais, à chaque fois que nous essayons de soulever le téléphone qui se trouve entre nos mains, nous constatons que les yeux sont dirigés vers nous. Cependant, nous allons réussir tout de même à faire quelques petits clichés, mais sans nous concentrer sur l’objectif. En effet, nous considérons ces photos prises comme des simples images pouvant illustrer la situation.

Plusieurs autres images ont été prises également de manière brute sur des avenues. En marchant, nous avons rencontré plusieurs tout-petits dans les rues, mais aussi devant les parcelles. Il y en a qui ont donné l’apparence d’avoir du retard de croissance. Ils ont les ventres un peu gonflés avec des cheveux qui changent de teint et qui deviennent apparemment jaunes. Certes, nous n’avons pas vérifié de près ce que mangent ces enfants, mais leur état de santé pourrait être la conséquence de leur alimentation, qui ne serait pas de bonne qualité.
Notre mini-enquête s’est poursuivie sur plusieurs autres avenues du quartier. Nous allons ensuite trouver certains autres enfants des différents âges dans les parcelles (la plupart des parcelles du quartier sont non clôturées. Elles sont entourées par des fleurs et fils de barbelé, qui servent de clôture) réunis autour d’une assiette, consommant soit du fufu avec d’autres mets, soit du riz.
Il est 11h30, notre enquête se termine.
Fabrice Lukamba

