RDC : Jacques Djoli salue la revitalisation stratégique de l’axe SADC et souhaite la structuration du schéma opérationnel autour des FARDC requinquées

Au lendemain de l’annonce du déploiement dans les prochains jours d’un contingent militaire de la Communauté pour le Développement de l’Afrique Australe (SADC) dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo, des voix s’élèvent pour saluer cette initiative. Parmi ceux qui sont favorables à ce déploiement, il y a le Professeur Jacques Djoli Eseng’Ekeli, Enseignant de Droit constitutionnel, député national et Vice-président de la Commission Défense et Sécurité à l’Assemblée nationale. Pour lui, la force de l’Afrique australe, qui a déjà fait ses preuves dans le passé, est mieux qualifiée pour aider au rétablissement de la paix à l’Est de la RDC, d’autant plus des que les gabarits et la puissance de ces partenaires de la SADC, comme l’Afrique du Sud, la Tanzanie, l’Angola, sont très intéressants par rapport aux membres de l’EAC, qui sont des États liluputiens, incapables de dissuader le Rwanda et ses supplétifs du M23
C’est la substance de l’entretien qu’il a bien voulu accorder à notre Rédaction

La SADC a décidé d’envoyer un contingent militaire pour rétablir la paix et la sécurité à l’Est de la RDC. Que pensez-vous de cette initiative ?

Jacques Djoli :
C’est une bonne initiative, parce qu’il faut saluer tout ce qui concoure à la restauration de la paix, à la diminution de la souffrance dont souffrent nos frères et sœurs, de nos mères et pères qui sont soumis à cette violence depuis deux décennies.
Cette initiative traduit le dynamisme de notre diplomatie, qui est confortée par la sympathie de nos frères de la SADC.
Toutefois, il est important de rappeler que la mission de défendre le territoire national, d’assurer la paix et la sécurité de notre population, incombe d’abord aux congolais. Autrement dit, le devoir de tout État, c’est d’assurer la sécurité de sa population. Et cette mission revient aux Forces Armées de la République Démocratique du Congo. Les autres forces, comme la SADC, la MONUSCO et bien d’autres, ne sont que sont des forces d’appoint.

Et tout en insistant sur l’importance et la nécessité d’enclencher la montée en puissance de notre armée, nous devons reconnaître que tout État évolue toujours avec des partenariats stratégiques. Et le partenariat stratégique avec la SADC a été toujours plus ou moins positif. Nous rappelons l’implication de la SADC pour stopper déjà les aventures de nos voisins orientaux, il y a de cela une dizaine d’années. C’est également grâce à l’appui de la Brigade d’intervention de la SADC que les FARDC ont pu mettre fin à la première aventure du M23 à l’Est de notre pays.
Donc, nous ne pouvons que nous féliciter de cette initiative mais, comme il a été dit dans le communiqué de la SADC, il faut mettre en place la gestion coordonnée de toutes ces forces, pour que nous ne puissions pas arriver à une tour de Babel mais plutôt à une mutualisation réelle des forces, avec un objectif clair, qui est celui d’écraser tous ces groupes armés et de restaurer la paix, pour que la RDC puisse devenir un État normal comme tous les autres États.

Y a-t-il pas un risque de voir émerger une rivalité entre les troupes de l’EAC et celles de la SADC sur le territoire congolais ?

Jacques Djoli :
Cette inquiétude est compréhensible, d’autant plus que tout enchevêtrement des forces peut toujours donner lieu à des conflits d’intérêts et autres. Nous avons déjà comme pivot central, les FARDC, qui doivent être le fer de lance de cette opération. Nous aurons donc sur le terrain, la MONUSCO, qui était déjà là ; nous avons l’East African Community Force (EAC) et nous allons également avoir la SADC. Il ne faut pas oublier que nous avons aussi des opérations mutualisées avec l’UPDF ( l’armée ougandaise).
Il est donc important, et ce qui a été demandé à la RDC, d’assurer le rôle de coordination et surtout le rôle de leader dans cette opération.
Et nous nous félicitons aussi que, dans ce communiqué, il a été demandé qu’il y ait une quadripartite qui va permettre de mettre en cohérence toutes ces forces.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que cette multiplicité des forces traduit, à la fois, l’intérêt et la position géopolitique de la RDC (Ce qu’on appelle la centralité). Nous sommes membre de la SADC et à ce titre, il y a une brigade en attente qui fonctionne ; nous sommes membre de la CEEAC, qui a aussi une brigade en attente dans laquelle nous avons des responsabilités ; et nous sommes également membre de l’EAC avec lequel nous étions impliqués dans cette opération qui, malheureusement, n’a pas donné les résultats escomptés. Est-ce un problème du SOFA, du contexte opérationnel ? Je crois que cette réunion quadripartite, qui est programmée dans le cadre de ce protocole et de ce communiqué, va permettre de résoudre toutes ces questions et de trouver une force coordonée avec des objectifs militaires clairs et non pas l’ambiguïté qui ne nous a pas permis d’atteindre le résultat. Car il était inadmissible qu’on puisse voir une force, venue soutenir la RDC, sympathiser pratiquement avec les rebelles terroristes qui nous mettent dans une situation difficile.
Il était important donc qu’on puisse retrouver la nature même de toute opération de restauration de la paix, avec la SADC, qui a déjà une expérience avec la brigade dont les membres, notamment la Tanzanie et d’autres pays, sont déjà sur le terrain.

Mais la SADC a juste annoncé l’envoi de la force, sans préciser le nombre de soldats ni la date de son déploiement ou la source de son financement ?

Jacques Djoli :
A l’issue de cette réunion politique de haut niveau de la SADC avec les Chefs d’État ou leurs représentants, une option politique majeure, fondamentale et stratégique a été prise. La mise en œuvre de cette option, le timing de déploiement, le format de déploiement, le concept opérationnel sont des mécanismes qui vont être rapidement mis en place, parce que, lorsqu’on lit ce communiqué, il est clair que la SADC veut nous amener à ce que nous puissions stabiliser la situation sur le terrain, avant les élections qui vont avoir lieu au mois de décembre.
Donc, nous disposons au moins de six mois pour régler cette situation.
Au-delà des questions logistiques et de financement, il faut d’abord préciser la vision, le concept opérationnel et qu’on ne soit plus dans l’ambiguïté ; il ne faut pas que le Gouvernement congolais nous dise que nous sommes dans une option offensive mais que c’est le contraire qui se fait sur terrain.

Avec cette initiative du déploiement des troupes de la SADC, l’option a été levée pour permettre à la République Démocratique du Congo, à son Gouvernement, de restaurer l’intégralité de son intégrité territoriale et sur cette partie du territoire. C’est ce qui découle très clairement de ce communiqué de la SADC.
Mais il faut préciser qu’il ne revient pas au Chefs d’État de définir le concept opérationnel. Là nous étions au plus haut niveau politique avec les Chefs d’État, il y aura les ministres de la défense au niveau stratégique, les chefs d’état-major, au niveau opératique et de la mise en œuvre.
Donc, nous sommes tout juste dans le déclenchement du processus et je crois que, tirant les leçons du passé, nous allons tous travailler, nous allons tous veiller pour que les choses n’aillent plus dans l’ambiguïté, dans la confusion.

Pourquoi la RDC ne booste-t-elle pas ses propres forces armées, plutôt que de compter toujours sur les forces extérieures pour restaurer la paix et la sécurité dans la partie orientale de son territoire ?

Jacques Djoli :
Un État ne mérite le qualificatif de puissance souveraine que si cet État est capable d’avoir une puissance armée, ses forces pour assurer sa protection. C’est le pilier central de ce qu’on appelle le pouvoir régalien, le droit et le monopole de la force.
Dans le cas du Congo, cette question est centrale et il faut donner priorité à la réforme du secteur de la sécurité. Mais il faut reconnaître que ce processus de la montée en puissance de l’armée et de la réforme du secteur de sécurité est pratiquement comme un monstre, parce que c’est depuis les assises de Sun-City que cette question est abordée mais ce sont les pesanteurs internes qui ont toujours bloqué cette approche, qui doit nous amener à la maturation d’une force capable d’assurer la sécurité globale de notre pays.
Il reste que nous sommes en face d’une situation qui dure depuis 1993, c’est-à-dire plus de deux décennies.
Et le Président Felix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, qui est là depuis 2018, qui a eu deux années de confusion avec le FCC (qui est à la base de la déstructuration de l’armée congolaise), est confronté à cette situation.
Donc, l’état de siège n’est pas un appel dans le vide ; c’est une tentative de réponse à la crise qui sévit à l’Est de la RDC, depuis plus de deux décennies, avec même un schéma d’autochtonisation de cette violence.
Mais pour équiper une armée en force aérienne ou en artillerie, il faut commander les matériels, et il faut former les hommes. Dans l’entretemps, il faut résoudre le problème. Et voilà pourquoi les partenariats stratégiques doivent exister et existent partout. Les États-Unis, qui est la plus grande puissance, ne sont pas allés en Irak seuls, même le Sénégal les a accompagné. Même l’Ukraine ne se bat pas seule contre la Russie, elle est en partenariat stratégique avec notamment les puissances occidentales.

Concernant la RDC, est-ce que nous avons eu des bons partenariats stratégiques ? Apparemment, c’est discutable, parce que l’EAC ne nous a pas donné une solution efficace. On a perdu trois mois dans une force ambiguë, avec un SOFA incompréhensible et un concept d’engagement incompréhensible. Maintenant, nous devons aller avec la SADC qui nous pose un problème réel de coordination, de quadripartite entre la Eastern African Community, la CEEAC, la Conférence Internationale de la Région des Grands Lacs et la SADC.

Peut-on dire que le prochain déploiement des troupes de la SADC est une réponse à l’inefficacité de celles de l’EAC ?

Jacques Djoli :
Si la RDC a levé l’option de faire appel aux troupes de la SADC, c’est après avoir évalué le travail des forces de l’EAC, qui ont montré leurs limites. Nous passons maintenant à une autre phase qui nécessite la coordination, la planification opérationnelle.
Donc, le Président de la République, la diplomatie congolaise, a pu arracher cette approche SADC, ce qui fera intégrer avec l’EAC, avec la CIRGL, la CEEAC.
Par ailleurs, nous devons savoir que l’avantage de la SADC, c’est qu’il y a déjà une brigade, qui est prépositionnée et qui va tout simplement être revitalisée avec un nouveau concept opérationnel.
Et nous espérons, cette fois, que les FARDC seront au cœur du dispositif, contrairement à la lecture que l’EAC a faite de marginaliser l’armée nationale congolaise.

Par JR MOKOLO